Depuis plusieurs années, le paiement numérique prend incontestablement de l’importance dans notre société, ce qui n’est pas sans aiguiser l’appétit des géants de la tech qui désormais se livrent une concurrence acharnée sur ce marché.  Cet essor des transactions monétaires numériques induit un recul de l’utilisation du cash et les acteurs du paiement n’ont de cesse de vouloir accélérer ce déclin. Dernier exemple en date, pendant la crise sanitaire de ce printemps, les banques ont augmenté le plafond du paiement sans-contact, de 30 à 50€, incitant ainsi les commerçants à privilégier les paiements en carte bancaire au détriment du cash, qui serait devenu un vecteur de transmission du virus.

L’argent liquide est-il vraiment vecteur de contamination ? Quid des personnes vulnérables qui ne peuvent payer qu’en cash ? Un commerçant a-t-il le droit de refuser le paiement en liquide d’un client ?

Finense vous éclaire dans cet article.

La digitalisation des paiements, une tendance forte.

Aujourd’hui se commander à manger, acheter des vêtements, se divertir, prendre un taxi : tout cela est possible via son téléphone. Naturellement, les transactions monétaires ont dû s’adapter et évoluer et l’argent a perdu logiquement en matérialité.

Ce mouvement ne se cantonne pas aux transactions en ligne et les achats dans les commerces de proximité évoluent également. Le paiement sans-contact introduit en France, en 2010 connaît depuis quelques années un engouement qui ne semble pas faiblir. C’est en 2017, lorsque le plafond est passé à 30€ que le sans-contact a véritablement décollé, plus de 2 milliards de paiements ont été réalisés dans l’année qui a suivi, et le total des dépenses s’est élevé à 22,5 milliards d’euros. Les commerçants comme les consommateurs ont été vite convaincus de la praticité de cette méthode.

La crise sanitaire du printemps 2020 a été l’occasion pour les banques d’accélérer ce mouvement. En augmentant le plafond à 50€, les transactions sans-contact ont bondi :  alors que 58% des transactions pour des sommes entre 1 et 30€ étaient réalisées par sans-contact avant le confinement, lors du déconfinement 60% des transactions pour des sommes allant jusqu’à 50€ étaient réalisés en sans-contact.L’engouement pour le paiement sans-contact ne devrait pas faiblir puisqu’aujourd’hui lorsque l’on fait ses courses, il n’est pas rare de voir bon nombre de caisses présentant un panneau « paiement seulement par carte bancaire ».

 

L’essor du paiement numérique : une fragilité de plus pour les personnes vulnérables.

La carte bancaire est le moyen de paiement préféré des Français depuis de nombreuses années. En 2019, près de 500 milliards d’euros d’achats ont été réglés par carte bancaire, soit 60% de la consommation courante des Français.

71 millions de cartes bancaires sont en circulation. On pourrait penser que ce petit rectangle est présent dans la poche de tous ceux qui sont en âge de le posséder.

Sauf que 5% de Français n’ont pas de cartes de paiement. Sur presque 67 millions de personnes, ça ne paraît pas énorme n’est-ce pas ? Mais en réalité, cela veut dire qu’à peu près 3 350 000 individus ne sont pas équipés en moyens de paiements modernes, et parmi elle, de nombreuses personnes vulnérables âgées faisant l’objet d’une mesure de protection. Ces personnes ont besoin d’être accompagnées dans leur vie au quotidien par  un mandataire judiciaire à la protection des majeurs, un tuteur familial ou un curateur qui se chargent de les aider et d’être garant d’une gestion saine de leur argent.

Pour cette partie de la population, l’essor du paiement numérique est clairement un facteur qui accentue leur difficulté et augmente leur vulnérabilité, à l’ère de la Covid-19. En effet,  de nombreux commerces privilégient les paiements électroniques afin d’éviter que l’acte de paiement en espèces ou en chèque soit vecteur de propagation du virus. C’est vite oublier que pour les personnes vulnérables pouvoir payer en espèce est vital, et certaines personnes âgées vulnérables sans cartes bancaires ont été dans l’incapacité de se fournir des produits de première nécessité.

Certains majeurs protégés ont des cartes de retrait, afin qu’ils puissent aller retirer les aides et prestations sociales qu’ils perçoivent. Ils n’ont alors que des espèces pour faire leurs achats de première nécessité, à condition toutefois qu’ils parviennent à retirer de l’argent au guichet.

Conscient de ce problème, le Ministère et les Directions Départementales de la Cohésion Sociale ont autorisé la création de comptes alimentaires dans les commerces de proximité pendant le confinement afin de permettre aux personnes protégées d’effectuer des courses de première nécessité. A charge aux mandataires d’être garants du règlement de la dette, plus tard.

Tout cela semble anachronique qu’en 2020, certains Français soient réduits à ouvrir des comptes alimentaires. On voit bien le paradoxe de l’essor de la dématérialisation des paiements : d’un côté les paiements numériques simplifient la vie au quotidien des commerçants et des acheteurs et de l’autre, accentue les difficultés des plus vulnérables.

La praticité de l’argent numérique ne doit pas faire oublier que pour certains, la matérialité du cash est un élément important dans la gestion de leur vie quotidienne.

© MaxPPP

 

On a  pu le vérifier notamment en plein confinement lorsqu’il y a eu un mouvement important de retrait de cash, le 6 avril 2020, date de paiement des prestations sociales.  Les individus qui ne peuvent compter que sur les aides pour vivre sont allés retirer l’intégralité de leurs allocations, se retrouvant ainsi avec du liquide dans les poches… presque inutilisable pendant le confinement, puisque les commerces ont privilégiés les paiements par carte bancaire ou le sans-contact.

Face à cela, le Défenseur des droits a rappelé dans un communiqué de presse que refuser un paiement en espèce est puni par la loi.

Bon à savoir : refuser un paiement en espèce, une discrimination punie par la loi.

« Le fait de refuser de recevoir des pièces de monnaie ou des billets de banque ayant cours légal en France selon la valeur pour laquelle ils ont cours est puni de l’amende prévue pour les contraventions de la 2e classe. » (Article R642-3 du Code Pénal). Une contravention de deuxième classe, selon l’Article 131-13 du Code Pénal, équivaut à une amende de 150 euros au plus.

Alors, l’argent liquide, un vecteur de propagation du coronavirus ?

Alors que le monde entier découvrait l’ampleur de la Covid-19, l’OMS avait émis un avis sur le fait que les pièces et billets seraient vecteurs de contamination. Pour leur part, le Ministère de la Santé et la Banque de France estiment le risque très faible, bien qu’existant.

La Banque de France a pris position dans le débat dans  Le Monde et déclare que « […] comme sur toute autre surface, les gouttelettes respiratoires d’une personne infectée déposées sur un billet pourraient survivre pendant une période limitée, mais pas significative pour être un vecteur majeur de transmission ».

L’argent liquide est-il vraiment plus dangereux que les articles en rayons d’un supermarché qui sont manipulés à longueur de journée par les clients ? Difficile d’y croire.

En plein coeur de l’épidémie, nous avons vu des choses assez particulières notamment aux États-Unis : les Américains ont mis des dollars provenants de zones touchées par le coronavirus en quarantaine. Plus radicaux, à Wuhan, les autorités ont incendiés les espèces en circulation, en les remplaçants par des billets imprimés en vitesse.

La France : un pays dépourvu d’espèces dans quelques années ?

La situation actuelle liée à la pandémie n’a fait qu’augmenter l’engouement pour les paiements numériques : déjà réputés plus sûrs, efficaces, rapides que le cash, les voilà maintenant plus hygiéniques !

L’idée d’une société sans argent liquide n’est pas nouvelle et on peut même dire qu’elle est intrinsèque à l’essor de la technologie dans nos vies.

L’exemple Suédois est intéressant. Premier pays en Europe à introduire le billet en 1661, c’est également le premier à digitaliser presque l’intégralité de ses paiements dès 2012 (seulement 6% des transactions se font en liquide). Ainsi, pour régler le moindre article en caisse, la population suédoise utilise une application de paiement instantané qui est relié au compte bancaire des individus : Swish.

Pourtant en pleine crise sanitaire, alors que la société a entamé une mutation vers l’argent numérique depuis plus de 8 ans, la Suède donne un coup d’arrêt inattendu au mouvement et décide de donner à nouveau de l’importance à sa monnaie, la couronne suédoise.

En effet, en mars 2020, le Riksdag (Parlement suédois) a voté une loi pour que les services bancaires soient dans l’obligation de fournir du liquide, et d’« assurer l’approvisionnement d’un niveau suffisant de services pour obtenir de l’argent liquide ». Cette loi est importante pour deux raisons : d’une part elle a pour vocation de contrer d’éventuelles attaques cybercriminelles dont les effets pourraient être catastrophiques, et d’une autre part, elle cherche à palier aux inégalités sociales que creusent une économie exclusivement digitale.

En Allemagne, le cash est plus que jamais roi : chaque allemand dispose en moyenne chez lui de 2200 euros en cash, sous son matelas ou dans un coffre-fort. En Allemagne, il n’y a aucune limite fixé à l’utilisation de l’argent liquide : vous pouvez payer un appartement en liquide.

Avec 1 400 milliards d’euros en cash qui circulent actuellement dans le monde (+ 5% par rapport à 2019), le cash n’est pas prêt d’appartenir au monde d’avant, même si les transactions fondées sur les systèmes internationaux de cartes augmentent continuellement. Le pouvoir de battre monnaie reste une prérogative régalienne et on imagine mal les Etats s’affaiblir davantage face aux géants du numérique.

Finense accompagne les personnes âgées vulnérables et protégées en les équipant en carte de paiements.

Une société sans cash est difficilement concevable sans exclure et isoler une partie de la population, aussi minime soit-elle.

La matérialité de l’argent liquide permet ainsi aux personnes vulnérables d’appréhender leur budget et constitue un point de repère bien pratique pour vivre au quotidien. C’est pour cela que Finense offre la possibilité d’équiper très facilement en cartes de paiements les personnes vulnérables afin de les accompagner en préservant leur autonomie.

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